Tas de marrons d'Inde à gauche, six billes de verre MesBilles rangées à droite, sur une table de bois clair

Gazette saisonnière
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Emblème de La Gazette de MesBilles

Fin septembre, il se passe quelque chose dans les cours de récréation, et cela n'a rien à voir avec la rentrée. Les marronniers lâchent leurs fruits, et en quelques jours un second jeu s'installe à côté du jeu de billes. Les deux cohabitent, chacun avec ses règles, chacun avec sa saison. Nous avons regardé ce qui distingue ces deux occupants des poches d'automne : le marron que l'on ramasse et la bille que l'on garde.

Ce que septembre fait tomber

Le marronnier d'Inde nous semble familier, mais il n'a pas toujours fait partie de nos paysages. Le Woodland Trust ↗ (page en anglais, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), l'organisme britannique de conservation des forêts, rappelle qu'il a été apporté en Grande-Bretagne depuis le sud-est de l'Europe il y a environ quatre cents ans, et qu'il a d'abord séduit les paysagistes, qui l'ont planté dans les parcs des grandes demeures. Il a fini par gagner les rues, les jardins et les places de village.

Le calendrier, lui, est le même chaque année : les marrons mûrissent en automne et tombent au sol en septembre et en octobre. Les bogues piquantes s'ouvrent souvent d'elles-mêmes et découvrent la graine brune et lustrée qu'elles protégeaient.

Tas de marrons d'Inde à gauche, six billes de verre MesBilles rangées à droite, sur une table de bois clair
D'un côté un tas, de l'autre une collection. Les marrons ont été ramassés ce matin ; les billes sont là depuis longtemps.

Un détail de ramassage mérite d'être connu, parce qu'il contredit le réflexe le plus courant. Pour jouer, il vaut mieux ramasser au sol que cueillir sur l'arbre : un marron encore accroché n'est pas forcément mûr, et son cœur peut être resté mou. Pour trier une poignée, le Woodland Trust propose un test simple : mettre les marrons dans l'eau et privilégier ceux qui coulent, généralement plus denses et plus fermes que ceux qui flottent.

Un jeu noté pour la première fois en 1848

Le jeu s'appelle conkers en anglais. Deux joueurs, deux marrons percés et enfilés sur une ficelle, et l'on frappe à tour de rôle celui de l'autre jusqu'à ce que l'un des deux cède.

La date importe, et elle est plus récente qu'on ne l'imagine : le jeu traditionnel de conkers a été noté pour la première fois sur l'île de Wight en 1848 ↗ (page en anglais, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre). Quatre siècles après l'arrivée de l'arbre, donc, et bien après que les enfants d'Europe jouaient déjà avec des billes.

Ce qui frappe, dans ce que rapporte le Woodland Trust, c'est la richesse du vocabulaire autour d'un fruit gratuit. Selon les régions britanniques, les marrons se disent cheggers, cheesers pour ceux dont un côté est plat, ou encore obblyonkers. Et le comptage des victoires est un petit système à lui seul : un marron neuf est un none-er ; quand il gagne son premier combat, il devient un one-er, puis un two-er, et ainsi de suite. Dans certaines régions, le vainqueur récupère en plus les points du vaincu, si bien qu'un two-er qui bat un six-er devient un nine-er.

Les amateurs les plus traditionnels considèrent d'ailleurs qu'un marron durci artificiellement est un marron préparé, autrement dit qu'il y a tricherie.

Le marron se ramasse, la bille se collectionne

Mettez les deux jeux côte à côte, et vous verrez deux façons opposées de posséder l'objet avec lequel on joue.

Le marron est gratuit, saisonnier et consommable. On le ramasse, on le perce, on le fait combattre, et son destin normal est de finir fendu. Il ne dure qu'une saison, il ne se choisit pas vraiment, il se trouve. Sa valeur ne tient pas à ce qu'il est mais à ce qu'il a gagné : un nine-er ne vaut pas plus cher qu'un none-er, il vaut une histoire de plus.

La bille, elle, se choisit et se garde. Elle traverse la saison, la suivante, et souvent l'enfance entière. On la reconnaît à sa couleur, à son motif, à son diamètre. On l'échange, on la choisit pour sa couleur ou son motif, on sait souvent laquelle on veut garder. On la range, on la compte, on la ressort.

Ce sont deux façons différentes de jouer, et c'est pour cela qu'elles tiennent toutes les deux dans la même cour, à la même récréation, souvent dans les mêmes poches. L'une se joue avec ce que l'automne offre ; l'autre se joue avec ce que l'on a rassemblé soi-même, une pièce après l'autre. Les enfants ne s'y trompent pas : ils ont un tas de marrons, et une collection de billes.

L'automne 1917, quand les marrons ont quitté la cour

Il y a eu une année où les marrons de la cour ont servi à tout autre chose, et cette histoire est documentée par Historic England ↗ (page en anglais, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), l'organisme public du patrimoine anglais, à propos d'un site classé du Dorset.

À l'automne 1917, au Royaume-Uni, les marrons quittent même les cours de récréation pour participer à l'effort de guerre. Les enfants et les scouts sont appelés à en ramasser, avec des glands, par centaines de tonnes. Leur richesse en amidon doit permettre de produire de l'acétone, nécessaire à la fabrication de la cordite. Dans les écoles, des affiches présentent même cette collecte comme un travail de guerre urgent.

Le procédé s'inscrivait dans les recherches du chimiste Chaim Weizmann sur la production d'acétone par fermentation.

L'expérience sera pourtant de courte durée : Historic England indique que la difficulté à retirer les coques rend finalement l'utilisation des marrons impraticable à grande échelle ↗ (page en anglais, s'ouvre dans une nouvelle fenêtre). Il reste aujourd'hui, sur le site de Holton Heath dans le Dorset, des vestiges de cette étonnante tentative industrielle : la salle des cuiseurs et les bases des cuves de fermentation, inscrites en 2000 et classées en 2001, en grade II.

Ce que l'automne change à une collection

Il y a un moment, chaque année, où les poches d'un enfant contiennent les deux : des marrons ramassés le matin même, et les billes qui étaient déjà là hier. Le premier tas se videra en novembre. Le second, non.

C'est pour cela que l'automne est une bonne saison pour ouvrir sa boîte, étaler ce qu'on a, et regarder. Trier par couleur, par diamètre, mettre de côté celles qu'on aime le plus. Une collection ne grandit pas seulement quand on ajoute : elle grandit aussi quand on la range. Sur ce qui se joue dans la cour elle-même, nous en avons parlé dans Le retour des billes dans les cours de récréation.

À votre tour
Une petite observation d'automne à faire avec quelques marrons et quelques billes.

Posez-les côte à côte sur une table. Regardez d'abord leurs différences : forme, surface, couleur, poids, régularité. Les marrons que vous venez de ramasser se ressemblent, mais aucun n'est exactement identique à son voisin. Les billes aussi ont leurs différences, mais celles-ci peuvent être choisies : diamètre, couleur, motif, transparence.

Puis faites deux groupes : ce que la nature vous a donné ce matin, et ce que vous avez choisi de garder.

Quelques semaines plus tard, refaites l'expérience. Le premier groupe aura changé. Les billes, elles, seront toujours là.

Et chez vous, comment appelait-on les marrons dans la cour ? Et les billes ? Racontez-nous en commentaire : ce vocabulaire de récréation change parfois d'une région, d'une école ou d'une génération à l'autre.

Pour aller plus loin

Les deux ressources ci-dessous sont rédigées en anglais.

Chez MesBilles

Sources

Les deux sources sont en anglais. Les traductions sont les nôtres.

Mascotte Ronde MesBilles

L'œil MesBilles

Ce qui nous a arrêtés dans la source du Woodland Trust, ce n'est pas le jeu, c'est le vocabulaire. Trois noms régionaux pour un même fruit, et un mot différent pour celui qui a un côté plat. Un objet que l'on nomme précisément est un objet que l'on regarde précisément.

Choisir ses billes couleur par couleur, à l'unité →

Crédits visuels : photo MesBilles, billes du catalogue, vendues à l'unité.

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