Plusieurs mains d'enfants réunies autour d'un cercle tracé dans la terre d'une cour, billes de verre MesBilles posées au sol et une poignée de billes tenue dans une paume ouverte

Repère
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Emblème de La Gazette de MesBilles

Dans une cour de récréation, une bille ordinaire sert d'étalon et d'autres en valent deux, trois, parfois davantage. Ce barème n'est écrit nulle part, il ne tient qu'à l'accord du groupe, et il change en quelques semaines. Une chercheuse en sciences de gestion s'est penchée sur ce que les enfants apprennent en le fabriquant.

Un endroit où le troc se pratique encore

On parle beaucoup du troc en ce moment, du côté des adultes : vide-dressings, plateformes d'échange, sobriété. Pascale Ezan, professeure à l'Université Le Havre Normandie, rappelle dans The Conversation (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) que la pratique n'a rien de neuf. Il existe un endroit où elle continue de se pratiquer très naturellement : la cour de récréation.

Elle en donne le motif, et il est d'une simplicité désarmante. Les enfants disposent de peu d'argent et ne peuvent pas toujours acheter eux-mêmes ce qu'ils convoitent. Alors ils utilisent une monnaie qu'ils possèdent déjà : leurs propres objets. On échange des cartes, des bracelets, des figurines, des goûters. Et des billes.

Le regard des adultes sur ces échanges est souvent le même : c'est anecdotique, ou c'est une source de disputes. L'article dit autre chose, et c'est tout son intérêt : le troc joue un rôle important dans l'apprentissage de ce que valent les choses.

Plusieurs mains d'enfants réunies autour d'un cercle tracé dans la terre, billes de verre MesBilles posées au sol et une poignée de billes tenue dans une paume ouverte
Le moment où tout se joue : chacun montre ce qu'il a, et le taux se discute sur place.

La bille comme étalon

Un passage nous a arrêtés, et il parle précisément de nous.

À partir de sept ou huit ans, écrit la chercheuse, les enfants se mettent à hiérarchiser les objets de leurs collections. Ils comparent, ils classent, ils évaluent. Et l'observation des jeux de billes est, dit-elle, particulièrement éclairante : dans les cours d'école, les enfants établissent de véritables grilles de valeur. Une bille ordinaire sert d'étalon ; d'autres valent deux, trois, voire davantage, selon leur taille, leur matière, leur couleur, leur rareté ou leur prestige.

Arrêtez-vous une seconde sur ce que cela suppose. Pour qu'une bille en vaille trois, il faut que quelqu'un ait proposé ce taux, que d'autres l'aient accepté, et que tout le monde s'en souvienne le lendemain. Ce barème n'est écrit nulle part. Il ne tient qu'à l'accord du groupe.

Une bille n'est donc pas seulement un objet, conclut la chercheuse : elle est prise dans un système de symboles et de règles élaborées entre enfants, et qui échappe le plus souvent au regard des adultes.

On retrouve ici quelque chose que nous avions déjà croisé, à un siècle de distance et à mille kilomètres d'ici. Dans les vallées de Salzbourg, en 1919, une étude d'archives relevait que les enfants négociaient leur barème avant même de commencer la partie : une bille de marbre valait deux billes de grès, et le reste se réglait par une formule apprise par cœur. C'est l'histoire que nous racontons dans Billes en pierre : comment les moulins en fabriquaient des millions.

Même geste, même besoin, cent sept ans d'écart.

Pourquoi une bille peut perdre sa valeur en trois semaines

La suite de l'article explique une chose que tout ancien enfant a vécue sans savoir la nommer.

La valeur d'un objet, dans une cour, dépend de la rareté perçue, du désir collectif, de la circulation des objets et du prestige attaché au fait de les posséder. Autrement dit, elle dépend du regard des autres. Un objet peut donc être très recherché, puis perdre presque toute sa valeur quelques semaines plus tard. Une bille devient précieuse parce que, dans cette cour-là, à ce moment-là, tout le monde la veut.

C'est la même mécanique qui fait et défait les modes, et les enfants l'expérimentent en vrai, à hauteur de poche. La chercheuse l'écrit ainsi : « Les enfants expérimentent alors une dimension fondamentale de la valeur symbolique des biens : sa variabilité. »

Ce qui vaut cher dans une cour se décide dans cette cour-là, pas dans notre catalogue. Sur la façon de regarder et de nommer ce que l'on a en main, nous tenons une page entière, l'Encyclopédie des billes.

Les disputes font partie de l'apprentissage

Un enfant peut estimer que son objet vaut beaucoup, écrit la chercheuse, mais il lui faut encore en convaincre les autres. La valeur n'est pas une qualité que l'objet porterait en lui : elle dépend de l'assentiment des pairs, de la demande, des circonstances, et de la capacité du propriétaire à la faire reconnaître.

D'où les disputes. Elles portent sur des questions simples et vertigineuses : l'échange était-il équitable ? L'un a-t-il profité de l'autre ? Cette carte vaut-elle vraiment trois cartes ? L'accord peut-il être révisé ? Ces disputes ne sont pas le raté du troc, elles en sont la partie utile : c'est là que se rencontrent l'équité, la loyauté et la confiance.

Et pour troquer, il faut encore repérer les bons partenaires et présenter son objet de façon attirante. Il faut comprendre ce que l'autre veut, défendre son échange, savoir refuser et parfois renoncer. Beaucoup de choses s'apprennent là, sans tableau ni cahier.

Sur ce que la cour fabrique comme règles quand personne ne la regarde, nous avons écrit Les règles de la cour.

Ce que le prix simplifie, et ce qu'il éloigne

En grandissant, explique la chercheuse, l'enfant comprend que le prix permet d'échapper aux fluctuations du troc. Il n'a plus à convaincre personne que son objet est cher : un montant est affiché, et il rend l'achat possible ou non. Le prix simplifie l'échange, mais il l'abstrait. Il rend les comparaisons faciles, et il éloigne de la matérialité immédiate de l'échange.

Chez MesBilles, chaque bille a un prix. Dans une cour, elle peut en avoir un tout autre. Celle qui coûte quelques centimes peut devenir la plus convoitée du préau, simplement parce qu'elle manque à une collection ou parce qu'un camarade la veut absolument.

C'est peut-être cela que le troc apprend le mieux : le prix se lit sur une étiquette. La valeur, elle, se discute.

À votre tour
Une expérience à faire avec un enfant, et elle demande dix minutes.

Étalez une poignée de billes sur une table. Demandez-lui de les classer, sans rien lui suggérer. Puis demandez-lui pourquoi celle-ci vaut plus que celle-là. Écoutez le critère qu'il donne : la taille, la couleur, le motif, la rareté, ou simplement le fait qu'un camarade en veuille une pareille. Vous verrez peut-être apparaître exactement les critères décrits par la chercheuse.

Recommencez quelques semaines plus tard, avec les mêmes billes. Le classement aura peut-être changé.

Et vous, quel était le taux de change dans votre cour ? Combien de billes ordinaires pour un calot ? Racontez-nous en commentaire : chacun semble avoir gardé en mémoire le barème de sa cour, et il n'était pas forcément celui de l'école d'à côté.

Pour aller plus loin

Chez MesBilles

Sources

  • Pascale Ezan, professeure à l'Université Le Havre Normandie, « Billes, cartes Pokémon… Pourquoi les enfants aiment faire du troc », The Conversation France, publié le 20 juillet 2026, mis à jour le 6 août 2026. Consulté le 6 septembre 2026, relu le 7 septembre 2026 : theconversation.com (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Cet article s'appuie sur une source unique, et nous préférons le dire. Toutes les affirmations sur l'apprentissage de la valeur y sont présentées comme celles de son autrice, et non comme un état établi de la recherche. La phrase citée entre guillemets est reprise mot pour mot.

Mascotte Ronde MesBilles

L'œil MesBilles

Dans un système où certaines billes en valent deux ou trois, il en faut bien une pour servir de point de départ. La plus ordinaire est peut-être la plus indispensable : personne ne parle d'elle, mais c'est elle qui permet de compter les autres.

Choisir ses billes une à une →

Crédits visuels : photo MesBilles, billes du catalogue, vendues à l'unité.

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