🔗 Partager cet article :
🔗 Partager cet article :
Share
Quand on regarde une affiche de Toulouse-Lautrec dans un musée, on voit une image. Lui voyait un assemblage.
Trois faits, tenus par trois institutions différentes, montrent qu'une image imprimée, chez Lautrec, peut être bien autre chose qu'une simple reproduction à l'identique.
Moulin Rouge, La Goulue : trop grande pour une seule feuille
L'affiche mesure près de deux mètres, 195 centimètres de haut. Le MoMA ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) le dit simplement : elle était si grande qu'elle a dû être imprimée sur trois feuilles de papier distinctes, à recoller ensuite.
Quatre couleurs seulement. Et un détail que l'on ne remarque qu'une fois qu'on vous l'a dit : la jupe de La Goulue n'est pas imprimée. C'est la zone que l'imprimeur n'a tout simplement pas encrée.
Le blanc le plus lumineux de l'affiche est simplement celui du papier laissé sans encre.
Ajoutons ce que rappelle le musée d'Orsay : cette première affiche était une commande de remplacement. Le Moulin Rouge voulait quelque chose de neuf à la place de celle que Jules Chéret avait composée en 1889 pour l'inauguration.
Ambassadeurs. Aristide Bruant : le haut et le bas, imprimés tête-bêche
La Bibliothèque nationale de France conserve une série d'épreuves d'essai de l'affiche de Bruant, cataloguées état par état. On y voit l'image se construire pierre par pierre : le jaune seul, puis le jaune avec le rouge et le vert olive, puis l'ensemble avec le noir.
Une de ces épreuves est particulièrement parlante. Sur une même feuille ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), on trouve le trait vert olive du haut de l'affiche, avec du jaune provenant d'un tout autre travail, et, tête-bêche, la pierre de rouge du bas.
L'affiche mesurait près d'un mètre et demi : trop grande, là encore, pour une seule pierre lithographique. Haut et bas ont donc été tirés séparément. Cette épreuve montre également que certaines feuilles pouvaient être réemployées entre plusieurs étapes ou travaux d'impression.
C'est un des rares cas où l'on peut, aujourd'hui encore, regarder une image célèbre à l'état de pièces détachées.

Miss Loïe Fuller : soixante épreuves, aucune identique
Pour Miss Loïe Fuller, en 1893, Lautrec tire environ soixante épreuves, et chacune est unique. Le MoMA ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre) porte la mention à sa fiche d'inventaire : « approx. 60, each unique ». Chaque tirage reçoit une combinaison de couleurs différente, certaines poudrées de pigments métalliques pour rendre les jeux de lumière des voiles de la danseuse.
La National Gallery of Art de Washington en apporte la preuve par l'objet : au dos de son exemplaire, une annotation au graphite précise la version, « La Loïe Fuller na / (robe vert, bleu et rouge) ». Il fallait bien noter laquelle on avait.
Le musée Toulouse-Lautrec d'Albi conserve l'étude préparatoire, une huile sur carton.
Ce que cela change
On oppose volontiers l'œuvre unique et la reproduction industrielle, l'original et la copie.
Lautrec travaille pour la rue, sur des formats que la technique de son temps ne sait pas produire d'un seul tenant. Il travaille avec ces contraintes, les exploite et les intègre pleinement à la fabrication de l'image.
Soixante fois la même estampe, et jamais deux fois la même.
Et nos billes Lautrec dans tout ça ?
Nous les avons appelées Lautrec pour leurs rouges posés en zones franches contre des fonds sombres, cette écriture de l'affiche où un aplat suffit à faire une silhouette.
| Taille | Ce qu'on y voit | Fiche produit |
|---|---|---|
| 14 mm | verre rouge et vert olive | Bille Lautrec 14 mm |
| 16 mm | verre rouge, brun et bleu | Bille Lautrec 16 mm |
| 25 mm | verre rouge, vert olive et brun | Bille Lautrec 25 mm |
| 35 mm | verre rouge, brun et bleu | Bille Lautrec 35 mm |
Toutes sont vendues à l'unité.
Aviez-vous déjà regardé une affiche en vous demandant comment elle avait été imprimée ? Dites-le-nous en bas de page.
Pour aller plus loin
- Bibliothèque nationale de France, épreuve d'essai tête-bêche de l'affiche de Bruant ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), l'image à l'état de pièces détachées
- Metropolitan Museum of Art, Moulin Rouge: La Goulue ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), notice technique de l'affiche
Chez MesBilles
- L'Encyclopédie des billes, le vocabulaire, les tailles et les règles
- Toute la Gazette de MesBilles, notre blog éditorial événementiel
Sources
- MoMA, Moulin Rouge: La Goulue, notice lue le 7 septembre 2026 : moma.org ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- MoMA, Miss Loïe Fuller, mention « approx. 60, each unique » : moma.org ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Bibliothèque nationale de France, Gallica, épreuves d'essai d'Ambassadeurs. Aristide Bruant : gallica.bnf.fr ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- National Gallery of Art, Washington, Miss Loïe Fuller : nga.gov ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Musée d'Orsay, « Le tournant de l'affiche de peintre », textes de Ségolène Le Men : musee-orsay.fr ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

L'œil MesBilles
Soixante tirages, soixante objets différents : voilà une idée qui nous parle. Chez MesBilles aussi, deux billes du même nom ne sont jamais tout à fait identiques.
Illustrations MesBilles : billes du catalogue, vendues à l'unité, photographiées à côté des œuvres citées, toutes dans le domaine public.